Si des abeilles font des allers-retours par une fente de mur, une cheminée, un toit, un caisson de volet roulant ou un arbre creux, elles ont sans doute déjà construit des rayons de cire : c'est une colonie installée, qui ne partira pas seule et qui défend son nid[1]. Ne bouchez pas l'entrée et ne la détruisez pas vous-même : les abeilles chercheraient une autre sortie, et le miel laissé dans la paroi pose ensuite de vrais problèmes[2]. Contactez un apiculteur qui pratique ce type de chantier, souvent avec l'aide d'un artisan[1].
Essaim en grappe ou colonie installée : la vraie différence
Un essaim, c'est une boule d'abeilles accrochée à une branche, à un poteau ou à une haie, bien visible. Il est de passage : il attend que ses éclaireuses lui trouvent un logement. Une université américaine indique qu'un essaim repart en général dans les 24 heures, et qu'au-delà les abeilles commencent à bâtir des rayons et à stocker du miel[3]. Pour une grappe à l'air libre, la page que faire face à un essaim d'abeilles suffit.
Quand les abeilles disparaissent dans un trou et qu'on ne voit plus qu'un va-et-vient régulier, la situation change. Une fiche de l'université du Mississippi le dit clairement : tout groupe d'abeilles qui vit dans un mur ou une cavité doit être considéré comme ayant des rayons, et donc comme une colonie établie, pas comme un essaim[1].
| Essaim en grappe | Colonie installée | |
|---|---|---|
| Ce que vous voyez | Une boule d'abeilles à l'air libre | Des allers-retours par une ouverture |
| Rayons de cire | Non | Oui, cachés dans la paroi |
| Comportement | En général peu défensif[1] | Défend son nid et pique plus volontiers[1] |
| Durée | Quelques heures à quelques jours | Peut rester plusieurs années[1] |
| Intervention | Apiculteur, souvent simple | Chantier : apiculteur et souvent artisan[1] |
Pourquoi cette différence d'humeur ? Un essaim n'a ni larves ni réserves à protéger. Une colonie installée, si : elle a du couvain (les œufs et les larves) et du miel. Et une piqûre en appelle d'autres, car l'abeille qui pique libère des phéromones d'alarme qui désignent la cible à ses voisines[8]. Gardez donc enfants et animaux à distance de l'entrée.
Pourquoi les abeilles ont choisi votre mur
Ce n'est pas un hasard. Avant de s'envoler, l'essaim envoie quelques centaines d'éclaireuses visiter les cavités du voisinage, puis il choisit la meilleure[5]. D'après les travaux du chercheur américain Thomas Seeley, un logis de premier choix offre une cavité de plus de 20 litres, une petite entrée de moins de 30 cm², située à plusieurs mètres du sol[5]. Lors d'expériences avec des nichoirs, les abeilles ont préféré une cavité d'environ 40 litres à des cavités de 10 ou de 100 litres[6].
Un vide entre deux cloisons, un caisson de volet roulant, l'espace sous une toiture ou un conduit de cheminée répondent souvent à ces critères : c'est sec, abrité, sombre, avec une petite ouverture. Les colonies sauvages s'installent d'ailleurs volontiers dans les vieux troncs et les trous dans les murs[7], et des essaims entrent parfois par le haut des cheminées[1]. Une ouverture d'environ 6 mm leur suffit pour passer[1].
Une fois dedans, les jeunes ouvrières produisent la cire avec des glandes de leur abdomen et bâtissent les rayons[8]. Elles récoltent aussi la propolis, une résine de bourgeons qui leur sert de mastic et à rétrécir l'entrée[8]. Le nid s'agrandit au fil de la saison : à la fin du printemps, une colonie logée dans un mur peut déjà stocker environ 18 kg de miel[2].

Ne bouchez pas l'entrée, ne détruisez pas la colonie
Le premier réflexe est souvent de colmater le trou le soir, ou de vider une bombe d'insecticide dedans. Les deux aggravent la situation.
Boucher l'entrée : les abeilles trouvent une autre sortie
Colmater l'ouverture ne règle rien : les abeilles cherchent un autre passage, et elles peuvent le trouver vers l'intérieur de la maison, par une plinthe, une prise électrique ou une bouche d'aération[2].
Tuer la colonie : le problème reste dans le mur
Une colonie morte ne disparaît pas. Tant qu'elles sont vivantes, les abeilles ventilent leurs rayons. Sans elles, les rayons peuvent fondre et tacher les murs intérieurs de miel et de cire[3]. Le miel peut fermenter, dégager de fortes odeurs et couler dans les cloisons[1] ; il abîme et décolore les murs[2]. Les abeilles mortes et les restes du nid attirent d'autres insectes, comme des fourmis ou des anthrènes, petits coléoptères qui s'attaquent aux fibres naturelles[2]. Les spécialistes sont unanimes : tuer une colonie puis laisser ses restes enfermés dans la paroi n'est jamais une bonne idée ; les rayons, le miel et les abeilles mortes doivent être retirés[1]. Et le miel d'une colonie traitée à l'insecticide doit être jeté, jamais consommé[2].
À faire
- Observer de loin, sans taper sur la paroi.
- Noter l'endroit exact de l'entrée et depuis quand vous voyez les abeilles.
- Prendre une photo de l'entrée.
- Tenir enfants et animaux à l'écart.
- Appeler un apiculteur et lui décrire la situation.
À éviter
- Boucher le trou, même le soir.
- Pulvériser un insecticide dans l'ouverture.
- Ouvrir vous-même le mur ou le caisson.
- Tenter de les chasser par le bruit, l'eau ou la fumée.
- Faire réparer le mur avant le retrait du nid.
Qui contacter dans l'Oise
Les pompiers de l'Oise ne s'en chargent pas. Le SDIS 60 l'écrit : les sapeurs-pompiers n'interviennent pas pour les nids d'abeilles, il faut faire appel à un apiculteur, et la mairie de votre domicile peut vous donner des coordonnées[9].
- L'Oise Apicole, le syndicat apicole départemental basé à Beauvais, publie une liste de cueilleurs d'essaims bénévoles répartis en 4 zones (Beauvais, Clermont, Compiègne, Senlis)[10].
- À Compiègne, la Police municipale traite les signalements d'essaims d'abeilles avec l'appui d'un apiculteur confirmé, par un formulaire en ligne[11]. Demandez-lui si elle peut intervenir sur une colonie dans un bâti.
Attention : récupérer une grappe sur une branche et extraire une colonie d'un mur sont deux métiers différents. Une université américaine décrit l'extraction d'une colonie installée comme un travail de spécialiste[3]. Au téléphone, précisez donc tout de suite qu'il s'agit d'abeilles dans une paroi, et demandez si l'apiculteur pratique ce type d'intervention. Pour trouver quelqu'un près de chez vous, utilisez la carte des apiculteurs et cueilleurs de l'Oise ou signalez la colonie aux apiculteurs inscrits.
La carte classe les apiculteurs, les cueilleurs d'essaims et les associations de l'Oise du plus proche au plus éloigné de votre commune.
Les informations à donner
- Où se trouve l'entrée : mur, toit, cheminée, volet roulant, arbre.
- Sa hauteur et son accès (échelle, nacelle, accès par l'intérieur ?).
- Le matériau : pierre, brique, bois, placoplâtre, tuiles.
- Depuis combien de temps vous voyez les abeilles.
- Une photo de l'entrée et, si possible, une courte vidéo du va-et-vient.
Pour une colonie installée, l'intervention n'est pas gratuite : il faut ouvrir puis refermer la paroi, ce qui demande souvent un apiculteur et un artisan[1]. Les réparations ne sont pas toujours comprises dans le prix annoncé : faites préciser la méthode et le coût avant de commencer[2]. Notre guide sur le prix pour enlever un essaim d'abeilles détaille ce qui fait varier la facture.
Comment se passe une extraction
La méthode la plus complète consiste à ouvrir la paroi pour mettre la colonie à nu. Voici les étapes décrites par un programme apicole universitaire américain[4] :
- Localiser le nid. L'apiculteur repère l'étendue des rayons derrière l'entrée.
- Ouvrir. On retire le bardage, les tuiles ou le revêtement pour exposer entièrement la colonie[4].
- Découper les rayons. Les rayons sont découpés un à un et retirés de la cavité[4].
- Récupérer les abeilles. Elles sont brossées ou aspirées, puis installées dans une ruche[4].
- Nettoyer. Tous les restes de cire et de miel sont enlevés, pour éviter les odeurs, les taches et les insectes[2].
- Refermer et boucher. L'artisan referme la paroi, et l'ancienne entrée est bouchée pour qu'un futur essaim ne s'installe pas dans la même cavité[2].

Quand on ne peut pas ouvrir
Il existe une méthode sans démolition : on ferme tous les passages sauf un, sur lequel on pose un cône grillagé qui laisse sortir les abeilles sans qu'elles puissent rentrer, avec une petite ruche placée juste à côté[4]. Elle prend environ un mois, le temps que le couvain des anciens rayons éclose, et ne permet jamais de récupérer toutes les abeilles ni la reine[4]. Surtout, elle laisse les rayons dans le mur. Une autre université résume : ce piégeage aboutit rarement à 100 % de réussite[2].
Selon l'endroit
- Cheminée : les essaims entrent parfois par le haut du conduit[1]. Aucune des fiches que nous avons consultées ne conseille d'allumer un feu pour les faire partir. Demandez l'avis de l'apiculteur et d'un ramoneur avant de toucher au conduit.
- Volet roulant : le caisson se démonte. L'apiculteur aura souvent besoin de l'aide d'un menuisier ou d'un installateur.
- Toit, combles : un couvreur sera sans doute nécessaire pour déposer puis reposer les tuiles.
- Arbre creux : si l'arbre est loin des passages, vous pouvez aussi choisir de laisser la colonie, qui peut y vivre plusieurs années[1]. Un apiculteur vous dira si une récupération est possible.
Comment faire fuir les abeilles ? Ce qu'on peut dire honnêtement
C'est la question que tout le monde se pose. Réponse franche : nous n'avons trouvé aucun répulsif dont l'efficacité soit démontrée contre une colonie installée. Les fiches universitaires que nous avons lues (Mississippi, Caroline du Nord, Géorgie, Delaware) n'en proposent aucun[1][2][3][4]. Les recettes qui circulent en ligne (odeurs fortes, fumée, produits ménagers) ne reposent sur aucune étude que nous ayons pu vérifier.
Il y a une raison simple : une colonie qui a bâti ses rayons et stocké du miel ne déménage pas facilement. La seule façon connue de la « faire sortir » sans ouvrir le mur est la méthode du cône décrite plus haut, longue et incomplète[4]. Et chercher à irriter la colonie pour la pousser dehors expose à de nombreuses piqûres[2].
Éviter le retour : boucher les cavités hors saison
Une fois la colonie retirée, il faut fermer l'ancienne entrée, voire combler le vide avec un isolant ou un mastic, pour que de futurs essaims ne soient pas attirés par la même cavité[2][4]. Mais l'ordre compte : on bouche seulement quand la colonie est partie ou a été retirée, jamais avec les abeilles dedans.
Le bon moment, c'est avant la saison des essaims, qui va surtout d'avril à juillet[8]. L'automne et l'hiver sont donc parfaits pour faire le tour de la maison. Voici les conseils de prévention d'une université américaine[1] :
- Repérer toutes les ouvertures d'au moins 6 mm environ, la taille qui suffit à une abeille.
- Poser un grillage à maille fine (environ 3 mm) sur les aérations et les grilles.
- Colmater à la mousse ou au mastic les jours autour des tuyaux et des gaines.
- Fermer le conduit de cheminée quand il ne sert pas.
- Ne jamais colmater autour d'un câble d'alimentation électrique principal, à cause du risque d'électrocution.
- En pleine saison, faire le tour de la maison au moins une fois par semaine pour repérer tôt une installation.
Une autre fiche universitaire conseille aussi de boucher les trous de nœuds dans le bois et les fentes des bardages[3]. Pour comprendre quand et pourquoi les colonies se divisent, lisez notre guide sur l'essaimage, et suivez l'indice d'essaimage du jour au printemps.
Questions fréquentes
Les abeilles vont-elles finir par partir toutes seules ?
Pas si elles ont construit des rayons. Une colonie bien installée peut vivre plusieurs années dans la même cavité[1]. Seule une grappe visible à l'air libre est de passage.
Est-ce dangereux d'avoir une colonie dans le mur ?
Tant qu'on ne la dérange pas, les abeilles vaquent à leurs occupations. Mais une colonie installée défend son nid et pique plus volontiers qu'un essaim[1]. Évitez de stationner devant l'entrée. Si une personne piquée a du mal à respirer, gonfle du visage ou fait un malaise, appelez le 15 ou le 112[13]. Voir aussi notre page sur la piqûre d'abeille.
Puis-je récupérer le miel qui est dans le mur ?
Je suis locataire : qui doit payer l'intervention ?
Nous n'avons trouvé aucun texte officiel qui règle ce cas précis. Prévenez votre propriétaire par écrit dès que vous constatez la colonie, et renseignez-vous auprès de l'ADIL de l'Oise (agence départementale d'information sur le logement).
Mon assurance habitation peut-elle prendre en charge les frais ?
Nous n'avons pas trouvé de règle générale. Les contrats diffèrent : posez la question à votre assureur avant les travaux, en lui envoyant des photos et le devis.
Que devient la colonie après l'extraction ?
Les pompiers peuvent-ils venir ?
Non. Dans l'Oise, les sapeurs-pompiers n'interviennent pas pour les nids d'abeilles et renvoient vers un apiculteur ou vers la mairie[9].
Sources
- Prevention and Treatment of Nuisance Honey Bees Around Your Home (P3690), Mississippi State University Extension : extension.msstate.edu/publications/prevention-and-treatment-nuisance-honey-bees-
- Honey Bee Removal From Residential & Commercial Sites, NC State Extension (révisé le 04/11/2024) : content.ces.ncsu.edu/frequently-asked-questions-about-removing-honey-bees-from-s
- Honey bee swarms and bees in walls, K. S. Delaplane, University of Georgia Bee Program : bees.caes.uga.edu/beekeeping-resources/other-topics/honey-bee-swarms-and-bees-in
- Taking bees out of trees and building walls, MAAREC, University of Delaware : canr.udel.edu/maarec/taking-bees-out-of-trees-and-building-walls/
- Group Decision Making in Honey Bee Swarms, T. D. Seeley et al., American Scientist 94, 2006 : bees.ucr.edu/media/156/download
- Nest site selection by the honey bee, T. D. Seeley et R. A. Morse, Insectes Sociaux 25, 1978 : doi.org/10.1007/BF02224297
- Les abeilles, guide de la biodiversité, Métropole de Lyon (2024) : www.grandlyon.com/fileadmin/user_upload/media/pdf/environnement/guide-biodiversi
- Mallette pédagogique, module 2 : biologie de l'abeille et comportement de la colonie, ITSAP-Institut de l'abeille (2017) : mallette-pedagogique.itsap.asso.fr/wp-content/uploads/2017/12/PPT-Mallette-pedag
- Insectes, SDIS 60 (page modifiée le 21/04/2026) : www.sdis60.fr/insectes/
- Cueilleurs d'essaims par cantons, L'Oise Apicole : www.oiseapicole.com/copie-de-cueilleurs-d-%C3%A9ssaim
- Nids de frelons, essaims d'abeilles : signalement, Ville de Compiègne : demarches.agglo-compiegne.fr/nids-de-frelons-essaims-dabeilles
- Arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des insectes protégés, Légifrance : www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000465500/
- Piqûres d'hyménoptères, MSA Santé pratique (janvier 2025) : ssa.msa.fr/wp-content/uploads/2025/03/brochure-hymenopteres-2025-V4-1.pdf
- Fiche d'aide à l'identification : frelons, guêpes et confusions possibles, Q. Rome et C. Villemant, MNHN (2011), diffusée par la préfecture de la Loire : www.loire.gouv.fr/contenu/telechargement/4826/44947/file/fiches_d_aide_a_l_ident
Page vérifiée et mise à jour le 30 octobre 2026.
